Novembre 1999, nuit, brouillard, la roue avant droite de ma Clio mord sur le bas-côté. Dérapage dans l'herbe détrempée, tête-à-queue. Un jeune arbre à peine plus gros que mon bras arrête la course folle de la voiture devenue incontrôlable. Le seul arbre à des centaines de mètres à la ronde. Planté juste devant un large mur de béton.
4 Janvier 2004. Je viens d'emménager, mon père me ramène chez moi, au petit matin, après une nuit de gel et de verglas. Dans un dépassement mal maîtrisé sur la rocade autour d'Amiens, à hauteur du viaduc, il perd le contrôle. La voiture se met à tourner et tourner encore, et à prendre de la vitesse. Dans ce moment-là, tu attends juste l'instant où ça va s'arrêter de tourner. Pour nous, ça s'est arrêté dans une autre voiture, en panne sur l'accotement, avant de basculer 300 mètres plus bas par-dessus la rambarde de sécurité. Le côté arrière gauche de la voiture entièrement pulvérisé. Ce jour-là, contrairement à ce que je fais toujours, au dernier moment je m'étais assis à droite.
29 avril 2005. Le froid d'une lame de rasoir le long de mon avant-bras.
La première fois. Le jour même de ma naissance. Je ne respirais pas. Complications, quelques semaines de couveuse entre la vie et la mort.
Je sais ce que ça veut dire, vivre comme si on pouvait mourir demain.
